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À propos de "Condor", de Caryl Ferey

Si j’avais su, je crois que je n’aurais jamais évoqué avec une chère amie ma lecture du roman de Caryl Ferey. En tout cas pas avant de l’avoir fini. Chronique d’une lecture "sous influence".

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Montage : Francochilenos

"Qu’as-tu ressenti, toi qui a vécu tout ça  ? Comment crois-tu qu’il sera accueilli au Chili" m’écrit-elle au fil de nos échanges sur Condor le "polar" qui, tout comme Mapuche - son précédent roman - nous plonge dans les clairs-obscurs de nos pays "post-dictatoriaux". 

En effet, je crois que j’aurais préféré me laisser emporter par les intrigues imaginées par l’auteur sans trop mélanger mon propre vécu de la nuit de la dictature, ni nos rêves d’aurore démocratique suivis d’un réveil plus proche de la gueule de bois que des lendemains qui chantent. Sans la question de mon amie, il est probable que j’aurais apprécié autrement les péripéties vécues par des personnages qui m’apparaissaient par moments un peu trop "romanesques". Bien que -encore cette satanée réalité qui tient absolument à dépasser la fiction - je suis obligé de reconnaître que, même lorsqu’ils frôlent la caricature, les personnages de Caryl Ferey ressemblent à s’y méprendre à pas mal d’amis et camarades croisés au Chili de l’impunité et de la justice "dans la mesure du possible". Autrement dit, au compte-gouttes. Et en tout cas, trop en deçà des espoirs, des promesses et des exigences éthiques dont l’oubli finir par pousser les personnages de Condor à se faire justice eux-mêmes.

Le doigt sur les plaies

En tout cas, une telle sensation de déjà-vu n’a rien d’étonnant lorsqu’on sait que l’auteur met un point d’honneur à plonger dans les réalités où évoluent ses personnages et à mener une enquête minutieuse digne du meilleur des reportages. Cela donne une force impressionnante à l’histoire qui se déroule aussi bien au Santiago de la población La Victoria qu’à Valparaiso, San Pedro de Atacama ou Lota, Une force qui, tel un maelström mélangeant une intrigue bien ficelée à mes propres souvenirs, m’a souvent entraîné dans son tourbillon d’émotions, de suspense et de désir presque enfantin de que, tout au moins dans le roman, les « bons » l’emportent et les méchants payent. 

Peu importent alors quelque petits détails qui - vu que « j’ai vécu tout ça » - m’ont parfois fait tiquer. Tel ou tel nom de rue mal transcrit ou un cri aussi emblématique que Viva Chile , devenu Viva el Chile ! . Ou encore le personnage de Camila Araya. Cette « lesbienne, communiste, d’une beauté sans fard, piercings à l’arcade gauche, tempérament fonceur et discours maîtrisé, la leader étudiante de l’ère Piñera (qui) avait profité de l’attrait cathodique de son physique pour plastiquer les convenances patriarcales ». Et qui, à la différence de son sosie bien réel et à peine "flouté" auquel le livre est par ailleurs dédié, « avait rejoint un nouveau parti alternatif, Révolution démocratique ».

Bien entendu Caryl Ferey peut très légitimement opposer à ses commentaires son droit à la licence romanesque. Parce que, après tout, il ne faut pas oublier que Condor est un roman, une...fiction. Une fiction qui, en tout cas, réussit le pari de mettre le doigt dans les plaies pas du tout fictives du Chili actuel. Des plaies qu’elle expose d’une manière souvent crue, parfois violente mais toujours sensible.

- Lire notre interview de Caryl Ferey
- Lire un extrait


P.-S.

- Condor, de Caryl Ferey. Editions Gallimard - Collection Série Noire. 416 pages

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