Transantiago, Royal de Luxe et...le hasard
Pour notre correspondant à Santiago, Yann Cugny, la coincidence entre le "crash" organisé par le Royal de Luxe et le démarrage du "Transantiago" n’est pas anodine
Les artistes ont du flair. Mais personne ne sait si la troupe du Royal de Luxe a conscience de la portée symbolique de son acte (voir article sur le site). Éventrer trois micros (bus de Santiago) sur l’avenue principale de Santiago, à moins de trois semaines de l’entrée en vigueur du plan Transantiago n’est en effet pas un acte anodin.

Le plan Transantiago prévoit une réorganisation totale du système de transport, la mise en cohérence du réseau de bus avec celui du métro, l’émission de billets intégrés de transport bus / métro, l’automatisation de la vente des tickets, le paiement des chauffeurs sur la base de salaire fixe, et non au nombre de billets vendus, la régularisation des fréquences de passage...
Cette véritable révolution marque la fin du modèle ultra libéral de transport public, auquel les Santiaguinos avaient dû finir par s’habituer. Finies donc, les périlleuses courses entre bus d’une même ligne, à celui qui arrivera le premier pour emporter le plus de passagers, et remporter la plus grosse commission ; finis, les grognements systématiques des chauffeurs contre les étudiants et lycéens, autorisés à ne payer qu’un tiers du prix du billet ; terminés, les grincements odieux des machineries de bus érodés jusqu’à la moelle par la poussière de la capitale chilienne. Les anciennes machines, toutes peintes en jaune selon une règlementation des années 1990, sont en effet progressivement remplacées par de nouveaux bus peints en vert, rose, bleu ou rouge selon leur destination. La mise en oeuvre du plan Transantiago constituera objectivement un progrès.
La fin d’une certaine "micro-attitude"
Mais la fin de l’époque actuelle sonne également le glas du système D, un certain mode de sociabilité solidaire auquel les Chiliens avaient recours afin de rendre supportables les trajets quotidiens d’une ou deux heures en micro (autobus, en "chilien"), une culture urbaine de la cohabitation en milieu confiné. Par exemple, quand les passagers montés à l’arrière d’un bus plein à craquer faisaient passer de main en main, avec confiance, la monnaie correspondant au prix du ticket, en direction de la cabine du chauffeur, rendue inaccessible par la foule amassée caractéristique des heures de pointe ; ou quand des troubadours urbains, chanteurs, musiciens, clowns, vendeurs à la sauvette venaient pimenter, distraire, égayer la routine du transport quotidien. Le paiement automatisé, la mise en place de nouvelles normes de sécurité et de tranquillité à l’intérieur du transport public devraient théoriquement rendre impossibles ces anciennes interactions. Certains Chiliens adeptes des arts de la rue, relativement répandus à Santiago, vont regretter le passage à un système de transport sécurisé mais aseptisé.
En fin de compte, c’est à tout cela que les Chiliens disent adieu, en se rendant à ce cimetière de micros improvisé devant le palais de La Moneda, accompagnés par l’aspiration à une vie quotidienne plus confortable et probablement aussi, par une pointe de nostalgie.
Photos ©Yann Cugny
Commentaires
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Transantiago, Royal de Luxe et...le hasard7 de febrero de 2007, par PAZExcelente articulo, me encantó la Pequeña Gigante y todo lo que demostró solo con su presencia, porque aunque faltó el dialogo final, donde nos enseñe a todos a convertir la violencia en ternura, creo que eso fue su mensaje y que el rinoceronte no se escapará mas de donde viene..ah..creo q en thailandia se encontrará con su padre...en unos meses más...felicitaciones y aurevoir
