Pauline Charles : fin de voyage
Au bout de quelques semaines passées au Chili à travailler sur son mémoire, Pauline se dit, dans cette quatrième correspondance, convaincue qu’au Chili "on ne s’embarrasse pas, comme chez nous, de formalités et de convenances inutiles"
Je suis venue au Chili, avant tout, dans le but d’approfondir mes recherches, de trouver des sources et des archives susceptibles d’enrichir mon mémoire qui traite des relations entre le gouvernement de l’Unité populaire et les Forces armées. Cela fait maintenant plus d’un mois que je suis ici, et s’il est vrai que l’ambiance de travail est très détendue (tous les étudiants sont en vacances, les bibliothèques sont désertes et il est difficile de résister à un petit plongeon dans les nombreuses piscines de Santiago...), mon travail commence à prendre forme et certaines pistes s’éclaircissent.

En fait, j’ai l’impression que tout est plus simple, plus facile depuis que je suis ici. Évidemment, j’ai à ma disposition un nombre de sources considérables, notamment les périodiques de la Bibliothèque Nationale, où je passe des heures à déchiffrer les micro films d’ El Mercurio , La Ultima Hora ou encore de De Frente , la revue hebdomadaire du MAPU, mais les choses sont d’autant plus aisées au Chili qu’on ne s’embarrasse pas, comme chez nous, de formalités et de convenances inutiles.
C’est ainsi par exemple, qu’après une entrevue avec Sebastian Schneider (le petit-fils du Général Schneider assassiné en septembre 1970), je me suis retrouvée dans les bureaux du Ministère des Affaires étrangères, où il travaille en tant qu’avocat, à discuter avec le directeur de la planification et des conseillers du ministre de mon sujet. Et tous n’ont pas hésité à abandonner un moment leurs travaux pour discuter avec moi, de mes études et des éventuels contacts ou entretiens qu’ils pourraient m’obtenir ! Alors, bien-sûr, je me suis d’abord dit que le charme d’une jeune étudiante française, dans des bureaux où l’on ne croise que des hommes en cravate, n’était peut être pas complètement étranger à l’intérêt que tous ces grands diplomates portaient à mon sujet. Toujours est-il que j’ai obtenu d’excellentes informations, de très bons contacts (dont la liste devient tellement longue que je ne sais pas comment je pourrais tous les rencontrer...) et des entrevues, avec Andrès Pascal (un neveu d’Allende) et Alain Joxe notamment. Tout cela en moins d’une heure !
Un rencontre inattendue Par ailleurs, il y a des rencontres, des discussions auxquelles on ne s’attend pas mais qui vous chamboulent complètement. J’étais invitée dimanche dernier à passer la journée dans une maison sublime, à Pirque, dans une banlieue chic de Santiago. Après m’être régalée d’humitas (purée de maïs cuite à la vapeur dans sa feuille), je pensais passer l’après-midi à me détendre au bord de la piscine. On m’avait dit qu’un vieux monsieur, très malade était alité dans une chambre à l’étage mais je dois dire que je n’avais même pas oser aller le saluer, un peu impressionnée et connaissant très peu la famille. Mais juste au moment de m’en aller, sa fille est venue me dire qu’il aurait aimé me voir quelques instants. J’ai alors appris que cet homme n’était autre que le Colonel José Domingo Ramos Albornoz, proche du Général Carlos Prats, à qui il avait remis sa démission le jour du coup d’état. Enchanté de rencontrer une jeune étudiante française s’intéressant à l’histoire de l’armée chilienne, c’est avec beaucoup d’émotion que nous avons échangé quelques mots et qu’il m’a offert son autobiographie. Souriant et éveillé, il s’est mis à plaisanter, à rigoler et nous avons prévu de nous revoir très bientôt pour discuter, si son état de santé le permet. Ces instants furent inoubliables, très touchants, et sa famille qui ne l’avait plus vu aussi enthousiaste depuis des semaines était au moins aussi émue que moi de cette petite entrevue.

En fait, si mon travail avance bien, je dois dire que ces quelques semaines au Chili sont passées tellement vites que j’ai le sentiment que mes recherches seront loin d’être achevées et abouties à mon retour en France. Et les distances sont tellement longues que je n’ai pas eu le temps de visiter la moitié du pays. Mon dernier week-end passé sur l’île de Chiloé, entre les réserves de pingouins d’Ancud et les maisons sur pilotis de Castro m’a vraiment donné envie de mieux connaître la région des lacs et la Patagonie.

Et comme je pense qu’il il est très mauvais de rester sur des frustrations...je dois avouer que je songe sérieusement à revenir au Chili l’an prochain, peut-être un semestre, voire six mois, et de prendre un petit appartement dans Santiago, tout en suivant des cours à l’Université Catholique.
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Photos ©Pauline Charles
Commentaires
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Pauline Charles : fin de voyage11 de marzo de 2007bonjour Pauline, je prépare un tour du monde durant lequel je compte m’arrêter quelques temps en Patagonie, dans le nord du chili et en argentine (voire plus...). Si tu pouvais prendre le temps de me contacter pour me faire part de quelques unes de tes expériences passées au chili et dans le reste de l’amérique du sud, j’en serais ravi ! merci et bon courage pour la fin des études. Greg - bersoulgreg@hotmail.com
