Le Chili de Bachelet : palabras de mujer
Isella Toutlouyan-Ugarte est une “francochilienne” qui vit à Paris et a vécu sur place le début de “l’ère Bachelet”. Celle où, « palabra de mujer ! » le Chili deviendrait enfin, un pays « pour tous ». Témoignage.
Il fait très chaud, nous sommes en pleine Alameda, face à la Moneda, il est 3 heures de l’après midi et la foule commence déjà a se serrer derrière les barrières qui entourent la scène où dans quelques minutes va commencer la grand fête « Canta America Canta » la grande manifestation populaire et culturelle qui doit clôturer les cérémonies d’investiture de la nouvelle presidenta Michelle Bachelet.
La foule chante, crie, dans une ambiance joyeuse et conviviale. Des milliers de drapeaux multi couleurs bougent dans le vent, je m’assois dans l’estrade destinée a la presse pour essayer de capter ces quelques instants de bonheur si forts, si particuliers...d’autres images vieilles de plus de 3 décennies viennent se loger quelque part dans mes yeux, elles remontent depuis mes 11 ans quand de la main de mon père je marchais sur cette même avenue, heureux de fêter l’arrivée du président Allende au pouvoir. Nous étions alors comme des milliers de Chiliens fiers de leur victoire, la victoire du peuple qui partait à la conquête d’un nouvel avenir. Cette même émotion je la retrouve ces derniers jours à Santiago. Depuis mon arrivée j’emmagasine des sensations qui ont le goût d’un autre temps. Je ne suis pas la seule à le penser et le vivre ainsi.
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Peu à peu la masse compacte qui chante et rit, commence à demander de l’eau. Il fait plus de 30 degrés a l’ombre. L’un de techniciens prends un tuyau d’arrosage et jette de l’eau sur la foule bon enfant qui, soulagée, crie un grand merci. Sur la scène tout est prêt, la célébration commence...
La liste de artistes qui vont participer est longue. Il y a tous ceux qui ont accompagné Michelle Bachelet pendant la campagne présidentielle, ainsi que d’autres venus pour l’occasion. Des amis de toujours, qui ont été a nos cotes pendant les années noires de la dictature : aux Chiliens Isabel Parra, Congreso, Inti Illimani, Illapu, Lucy Bell, Javiera Parra et Saiko, se joignent les argentins César Isella et Pedro Aznar, les mexicaines Lila Downs et Julieta Venegas, Eva Ayllon, la péruvienne, Hernaldo, le nicaraguayen et Gilberto Gil, le ministre chanteur brésilien. Ils se succèdent sur une double donne un mouvement continu au déroulement de cette grande fête latino-américaine.
Les gens reprennent les chansons en chœur, l’Alameda est remplie de drapeaux de tous les partis politiques, des drapeaux rouges, de drapeaux bleus, des drapeaux rouge et noir qui forment un arc en ciel de joie et d’espoir. L’arrivée de Michelle Bachelet est saluée avec des applaudissements qui résonnent encore dans mes oreilles, je suis émue. Ça faisait si longtemps que je ne vivais pas un moment d’un tel ferveur. J’ai du mal a trouver les mots qui puissent vraiment exprimer la sensation que je ressens parmi cette foule immense. Il y a dans les regards de gens de la fierté, ils sont là parce qu’ils ont gagné, parce que ils se reconnaissent dans cette femme, parce que le rêve est toujours possible, parce que le Chili est a nouveau « un pais para todos »
Il est 10 heures du soir, la grande avenue commence à se vider, 300000 participants selon les organisateurs rentrent chez eux fatigués, émus, presque sans voix mais contents. C’était leur fête, je reste seule au milieu de l’esplanade, les techniciens démontent les lumières et la scène, face a moi l’imposant palais présidentiel de La Moneda garde dans sa mémoire une nouvelle page de l’histoire de mon pays.
Demain nous allons tous travailler pour un autre Chili. Palabra de mujer.
Isella-Toutloutyan Ugarte
