Huella Digital : une empreinte chilienne sur Internet

Notre correspondante à Valparaiso a rencontré l’équipe de « photojournalistes » qui chaque mercredi raconte l’actualité chilienne en photos. Loin des clichés.

Lunes 6 de junio de 2005

Lorsque César Pincheira termine ses études de photo journalisme à l’Université de Playa Ancha, Valparaiso, il aime à considérer la photographie comme une « trace », une « empreinte », una « huella ». En cela, les écrits de Philippe Dubois l’ont tout particulièrement marqué [1]. A l’époque, le processus est amorcé : la révolution Internet bouleverse le monde des médias et de l’information ; la photographie entre résolument dans l’ère numérique. Tout un nouveau monde s’ouvre alors à la photographie pour y laisser son . C’est alors que César développe le concept de « huella digital » pour investir ce vaste et nouveau terrain d’expression [2].

En 1999, le concept prend corps avec la création du site www.huelladigital.cl, « le 1er magazine chilien de photo journalisme en ligne ». Actualisé chaque mercredi, il est le fruit du travail passionné d’une équipe d’amis et de professionnels journalistes, photographes, publicistes, spécialistes en communication stratégique...César, Eric, Andrea, Marcelo, Karem, Augusto et bien d’autres qui souvent, envoient des textes ou des photos qu’ils intègrent au magazine. Le nom de ces collaborateurs d’un jour est, fait souvent rare, toujours cité. C’est pour eux une affaire de respect des droits de chaque créateur mais aussi d’estime mutuelle et de passion partagée pour une activité qui, tout au moins au Chili, est difficile et largement sous-estimé.

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Regard critique sur l’actualité chilienne, Huella Digital ne mâche pas ses mots et rejette les points de vue simplificateurs. Les textes qui accompagnent les photos ne manquent pas de caractère. Ils y croient aux fameux « qui aime bien, châtie bien ». Effet miroir au franc parler de ces journalistes : les réactions `leur travail est tout aussi tranchée. Leurs lecteurs aiment ou détestent. C’est en tout cas ce que révèlent les e-mails et autres échos que l’équipe animée par César reçoit régulièrement.

En tout cas, sur le terrain, il arrive que Huella Digital bénéficie d’un accueil favorable là où d’autres chasseurs d’images ne sont pas toujours les bienvenus. Par exemple à Valparaiso, lors des dernières manifestations étudiantes sur la loi de financement de l’université. Certains étudiants qui de prime abord s’étaient montré plutôt agressifs, ont changé d’attitude dès qu’ils ont appris que le photographe faisait partie de Huella Digital. En effet, leur site est souvent visité par les étudiants qui apprécient leur idée du photojournalisme car ils y trouvent un regard différent sur l’actualité qui les concerne et une liberté de ton plus proche de la leur.

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Des journalistes et, bien évidemment, des chiliens vivant à l’étranger font partie aussi des 10.000 internautes qui visitent le site chaque mois. Aussi, l’équipe cherche à capter des internautes du monde entier en couvrant des événements artistiques ou sportifs qui se déroulent au Chili mais qui impliquent d’autres pays. C’est en effet le grand bénéfice qu’ils espèrent obtenir de la possibilité qu’internet leur donne de proposer à leur public une ubiquité d’un nouveau genre : où que l’on soit, on peut d’un simple clic, plonger au cœur de l’actualité chilienne à travers leurs images et leurs commentaires.

« Huella Digital est belle plante » aime à dire César qui, entouré par une équipe passionné, la fait grandir depuis 6 ans en lui donnant le meilleur d’eux mêmes. Un directeur pour le contenu, un autre pour la dimension artistique du magazine et un troisième pour le développement, assurent la marche quotidienne de la publication. L’intuition du début fait davantage place à la stratégie. Préciser le profil de leur lecteur cible devient peu à peu une nécessite. Car tout en étant un magazine de photo journalisme sur internet, Huella Digital est aussi une agence indépendante qui vend ses photos aux médias de la région et qui voudrait bien en vendre ailleurs. C’est ainsi qu’ils peuvent rémunérer l’équipe et financer le site internet. A terme, leur objectif serait de réaliser enfin le vieux projet d’ajouter à la publication en ligne une édition « papier ». Cependant les ressources financières pour mener à bien réaliser le projet restent esquives dans un marché publicitaire plutôt réduit et souvent méfiant à l’égard des aventures « alternatives ». En attendant, c’est sur cet espace « hecho en Valparaiso » que vous attend, en version fort originale, un regard en images sur l’actualité chilienne.

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[1] « L’Acte photographique », Labor, Nathan Université, 1990

[2] Le nom contient un jeu de mot car « huella digital » est l’expression chilienne pour "empreinte digitale"