Expo : la bataille pour le droit d’asile dans le Chili de 1973

Tout comme 750 autres opposants pourchassés 1973 par le nouveau pouvoir en place, le réalisateur franco-péruvien Jorge Reyes a pu échapper au pire en se réfugiant dans l’ambassade argentine à Santiago. 35 ans après, il témoigne dans un exposition à l’ambassade d’Argentine à Paris.

Viernes 29 de febrero de 2008

Tout comme 750 autres opposants pourchassés 1973 par le nouveau pouvoir en place, le réalisateur franco-péruvien Jorge Reyes a pu échapper au pire en se réfugiant dans l’ambassade argentine à Santiago. 35 ans après, il témoigne dans un exposition à l’ambassade d’Argentine à Paris.

Au moment de l’élection de Salvador Allende, en 1970 au Chili, Jorge Reyes, jeune cinéaste français d’origine péruvienne part pour le Chili, où il a tourné deux films documentaires long-métrages sur le gouvernement de l’Unité Populaire et le peuple chilien. Trois années après l’élection d’Allende ce fut le coup d’État et la mort de la démocratie au Chili. Reyes qui n’a jamais arrêté de filmer, a échappé de très peu à la mort en se réfugiant dans l’Ambassade d’Argentine.

(JPEG)

Malgré les pressions diplomatiques de la Junte militaire sur le gouvernement argentin et les intimidations constantes des chars et des soldats qui encerclaient l’ambassade pendant plus de deux mois, les 750 demandeurs d’asile qui s’y trouvaient n’ont pas été livrés à Pinochet. C’était la première fois que le droit d’asile dans une ambassade était ainsi affirmé et assuré pour autant de personnes, constituant une véritable jurisprudence en la matière.

Témoin direct de ces jours dramatiques, Jorge Reyes a rassemblé des documents et des archives historiques sur l’expérience des 750 demandeurs d’asile de l’ambassade d’Argentine au Chili qu’il présentera du 4 au 9 mars 2008 à l’ambassade d’Argentine à Paris. [1]

Sauvés !

Dans un texte de présentation de l’exposition il raconte : "J’ai assisté à ces jours noirs qui ont suivi ce terrible événement et j’ai continué à filmer. Harcelé par les exactions des militaires à notre égard, je n’ai pas eu d’autres choix que de pénétrer de force dans l’Ambassade d’Argentine et de solliciter l’asile politique. Mes compagnons de l’équipe de tournage ont eu un autre sort : Migueliño Costa, ingénieur du son brésilien, avec son épouse et deux enfants ont décidé de rester à leur domicile. Ils ont été arrêtés une semaine après et envoyés au Stade Nationale ; Peter Oberbeck, l’opérateur allemand a réussi à passer la frontière avec difficulté et à rejoindre le Brésil. L’américain Charlie Horman, notre scénariste, a été arrêté, torturé et assassiné. Neuf ans après, Costa-Gavras a réalisé le film "Missing", inspiré du meurtre de Charlie.

Dans l’Ambassade d’Argentine, pendant des mois, avec 750 autres personnes, nous avons résisté tous les jours au harcèlement des troupes putschistes et au fracas des armes destinés à nous effrayer... malheureusement un jour, par le 3 jardin de l’ambassade, notre camarade et également demandeur d’asile Sergio Leiva Molina, a été assasiné par une rafale de mitraillette venue de l’exterieur... Après des pressions internationales et un grand combat juridique, le parlementaire argentin Hector Sendler a réussi à arriver au Chili, à pénétrer dans l’Ambassade à Santiago et à constater qu’il y avait des réfugiés, hommes, femmes et enfants. Nous étions sauvés !"

[1] 6 rue Cimarosa, 75116 Paris (M° Boissière, Kléber ou Victor Hugo), de 10h à 17h.